Visa nomade digital en Espagne : qui peut le demander, revenus exigés et démarches

Télétravailler depuis l'Espagne est possible légalement, mais pas avec le même titre selon votre passeport. Les Français, Belges et Suisses n'ont pas besoin de visa ; les autres nationalités passent par le visa nomade digital (le « digital nomad visa » espagnol), un dispositif précis avec un seuil de revenus, des justificatifs et deux voies de dépôt. Voici ce que disent les textes, et ce que cela change pour votre dossier.

L'essentiel en 30 secondes

Le visa nomade digital, ou digital nomad visa (« teletrabajo de carácter internacional »), s'adresse aux ressortissants de pays hors UE/EEE et hors Suisse qui travaillent à distance pour une entreprise installée hors d'Espagne (loi 14/2013, articles 74 bis à 74 quinquies). Il faut un diplôme reconnu ou 3 ans d'expérience, une relation de travail d'au moins 3 mois et des ressources égales à 200 % du SMI, soit environ 2 849 € par mois en 2026. Le visa dure 1 an ; demandée depuis l'Espagne, l'autorisation de résidence court jusqu'à 3 ans, renouvelable par périodes de 2 ans.

Femme souriante travaillant en ligne avec une tablette – Visa nomade digital Espagne
Le visa nomade digital permet de résider en Espagne tout en travaillant pour une entreprise établie à l'étranger.

Qui est concerné par le visa nomade digital, et qui ne l'est pas

Le visa nomade digital est un titre de séjour pour ressortissants de pays tiers, c'est-à-dire hors Union européenne, Espace économique européen et Suisse. C'est la loi 14/2013, modifiée par la loi 28/2022 sur les startups, qui l'a créé : elle définit le télétravailleur international comme un ressortissant de pays tiers autorisé à résider en Espagne pour exercer une activité à distance pour des entreprises situées hors du territoire espagnol.

Votre situationVisa nomade digital ?Règle applicable
France, Belgique et autres pays UE/EEENonLibre circulation : au-delà de 3 mois, ressources suffisantes, assurance maladie et inscription au registre des étrangers
SuisseNonMême traitement que l'UE, par l'accord de libre circulation de 1999
Canada, Royaume-Uni, Maroc, Algérie, Tunisie, autres pays hors UEOui, si vous télétravaillez pour une entreprise hors d'EspagneLoi 14/2013 : visa ou autorisation de résidence pour teletrabajo
Le décret royal 240/2007 (texte au BOE) fixe le régime des citoyens de l'UE, de l'EEE et de Suisse.

Vous êtes français, belge ou suisse et vous télétravaillez pour votre employeur ? Vous n'avez aucun visa à demander. Deux sujets restent à régler : la Sécurité sociale applicable et la fiscalité (le régime Beckham peut s'appliquer sans visa). Pour les démarches de séjour, voir notre guide du NIE et celui sur le fait de devenir résident en Espagne.

Les conditions à remplir pour le visa nomade digital

La loi fixe plusieurs conditions cumulatives. Le ministère des Affaires étrangères en détaille les justificatifs dans sa fiche sur le visa de teletrabajo.

  • Qualification : un diplôme de licence ou de master d'une université ou d'une école de commerce reconnue, une formation professionnelle reconnue, ou au moins 3 ans d'expérience professionnelle.
  • Relation de travail d'au moins 3 mois avec l'entreprise (ou les clients) étrangère, à la date de la demande. Un salarié fournit en plus une lettre de son employeur autorisant le télétravail depuis l'Espagne.
  • Entreprise active depuis au moins un an : la société (ou le groupe) doit exercer une activité réelle et continue, attestée par un extrait de registre du commerce.
  • Ressources suffisantes : 200 % du SMI par mois (voir la section suivante).
  • Casier judiciaire : certificat des pays où vous avez résidé durant les deux dernières années, traduit et légalisé, avec une déclaration sur l'absence d'antécédents sur cinq ans.
  • Assurance maladie publique ou privée, souscrite auprès d'un assureur autorisé à opérer en Espagne et active pendant toute la durée de l'autorisation.
  • Engagement de Sécurité sociale : déclaration sur l'honneur de respecter les obligations de Sécurité sociale avant de commencer l'activité.

Revenus exigés en 2026 : 200 % du SMI

La loi exige de justifier, chaque mois, de ressources équivalentes à 200 % du salaire minimum interprofessionnel. Le SMI 2026 a été fixé à 1 221 € par mois en 14 mensualités, soit 17 094 € par an, par le décret royal 126/2026. En ramenant ce montant annuel sur 12 mois, on obtient les seuils suivants.

Composition du foyerMajorationRessources mensuelles à justifier en 2026
Titulaire seul200 % du SMIenviron 2 849 €
Avec une personne qui vous accompagne+ 75 % du SMIenviron 3 917 €
Chaque personne supplémentaire+ 25 % du SMIenviron + 356 €
Calcul : SMI annuel de 17 094 € divisé par 12, soit 1 424,50 € par mois. Les majorations familiales figurent dans la fiche du ministère des Affaires étrangères.

Visez le haut de la fourchette. Les textes parlent de 200 % du SMI « mensuel » sans donner de montant en euros ni préciser brut ou net. Une lecture sur 14 mensualités donnerait environ 2 442 €, celle sur 12 mois environ 2 849 €, et c'est cette seconde lecture que retiennent la plupart des cabinets. Si vous êtes proche du seuil, prévoyez une marge et faites confirmer votre cas avant de déposer.

Ces revenus se prouvent par le contrat de travail, les bulletins de paie ou les factures, et par des relevés bancaires cohérents. Pour un freelance, des revenus irréguliers sont le point de fragilité : les mois creux doivent rester au-dessus du seuil, ou être compensés par un contrat récurrent.

Peut-on travailler pour des clients espagnols avec le visa nomade digital ?

La réponse dépend de votre statut. Selon l'article 74 bis de la loi 14/2013 :

  • un salarié ne peut travailler que pour des entreprises situées hors d'Espagne ;
  • un professionnel indépendant peut travailler pour une entreprise espagnole, à condition que ce travail ne dépasse pas 20 % de l'ensemble de son activité professionnelle.

Au-delà, il faut changer de statut : s'installer comme indépendant avec des clients locaux (inscription au régime des autónomos) ou relever d'un autre titre de séjour. Les différents visas liés à l'activité sont comparés dans notre guide du visa de travail pour l'Espagne, le panorama complet dans notre guide pour travailler en Espagne et la recherche d'emploi dans notre guide des emplois pour les étrangers.

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Visa ou autorisation de résidence : deux voies de dépôt

Il existe deux manières d'obtenir le droit de résider, et elles ne produisent pas le même titre.

CritèreVisa (depuis l'étranger)Autorisation (depuis l'Espagne)
Où déposerConsulat d'Espagne de votre pays de résidenceUnité des grandes entreprises (UGE-CE), en ligne, par vous ou un représentant
Condition de séjourNe pas résider en EspagneÊtre en Espagne en situation régulière, ou y être entré avec le visa
Durée maximale1 an3 ans
Délai de réponse10 jours ouvrables, hors cas de consultation20 jours ; passé ce délai, silence valant accord
SuiteDemander l'autorisation dans les 60 jours naturels avant l'expirationRenouvellement par périodes de 2 ans
Sources : articles 74 quater, 74 quinquies et 76 de la loi 14/2013, et fiche du ministère des Affaires étrangères.

Concrètement, si vous êtes déjà en Espagne en situation régulière (par exemple pendant un séjour touristique), vous pouvez demander directement l'autorisation de résidence à l'UGE-CE, sans passer par le consulat. La demande prolonge votre droit de rester jusqu'à la décision. Vous obtenez alors jusqu'à trois ans d'emblée, contre un an pour le visa. Les renouvellements se font par périodes de deux ans tant que les conditions sont maintenues, comme le prévoit l'article 76 de la loi 14/2013.

Les démarches du visa nomade digital, pas à pas

  1. Vérifier que vous relevez bien de ce visa

    Nationalité hors UE/EEE/Suisse, qualification ou 3 ans d'expérience, relation de 3 mois minimum, entreprise active depuis un an, revenus au niveau du seuil.

  2. Choisir la voie : consulat ou UGE-CE

    Selon que vous êtes déjà en Espagne en situation régulière ou non, voir le tableau ci-dessus.

  3. Réunir les justificatifs

    Passeport valable au moins un an, lettre de l'employeur ou contrat de prestation, preuves de revenus, extrait du registre du commerce de l'entreprise, diplôme ou preuves d'expérience, assurance maladie, casier judiciaire, déclaration sur la Sécurité sociale.

  4. Traduire et légaliser

    Les documents étrangers doivent être traduits en espagnol et légalisés, par apostille ou par la procédure applicable à votre pays.

  5. Déposer la demande et suivre le délai

    Le consulat répond en 10 jours ouvrables en principe ; l'UGE-CE dispose de 20 jours, au terme desquels le silence vaut accord. Une demande de pièces suspend le décompte.

  6. Après l'accord : carte, Sécurité sociale, impôts

    Si l'autorisation dépasse six mois, il faut demander la carte d'identité d'étranger (TIE). Le ministère conseille d'obtenir le NIE à l'avance : voir notre guide du NIE. Pensez aussi à l'option fiscale décrite plus bas, dont le délai est court.

Impôts et Sécurité sociale pour un télétravailleur installé en Espagne

Vous devenez résident fiscal espagnol si vous restez plus de 183 jours dans l'année ou si le centre de vos intérêts économiques est en Espagne (article 9 de la loi sur l'IRPF). Vous déclarez alors vos revenus mondiaux, sauf si vous optez pour le régime spécial ci-dessous. Le fonctionnement général de l'impôt est détaillé dans notre guide de l'IRPF en Espagne.

Le régime Beckham pour les salariés

L'article 93 de la loi sur l'IRPF permet à certains salariés qui s'installent en Espagne d'être imposés comme des non-résidents. Les revenus du travail sont alors taxés à 24 % jusqu'à 600 000 €, puis 47 % au-delà, pendant l'année du changement de résidence et les cinq suivantes. Les conditions principales sont de ne pas avoir été résident espagnol durant les cinq années précédentes et d'exercer en télétravail pour un employeur : le texte vise expressément les salariés titulaires du visa de teletrabajo, et la condition est remplie aussi pour un salarié qui travaille à distance sans visa, par exemple un Français.

L'option s'exerce par le modèle 149, dans un délai de six mois à compter du début de l'activité, selon l'Agence fiscale espagnole. Ce régime vise les salariés : un freelance n'y a en principe pas droit, sauf profil d'entrepreneur ou de professionnel hautement qualifié au sens de la loi. Une option mal calibrée coûte cher : faites-la chiffrer par un conseiller fiscal avant de vous engager.

Sécurité sociale : le point qui bloque le plus de dossiers

Le dossier exige un engagement à respecter les obligations de Sécurité sociale avant le début de l'activité. Si aucune règle internationale de coordination ne vous couvre, c'est l'entreprise étrangère qui doit être inscrite à la Sécurité sociale espagnole. Pour un salarié d'un employeur européen, la législation applicable dépend des règlements de coordination et des accords bilatéraux : faites-la confirmer avant le départ. Le sujet est détaillé dans notre guide de la Sécurité sociale en Espagne, et celui des assurances de l'expatrié couvre l'assurance maladie.

Choisir où s'installer : louer d'abord, acheter ensuite

Pour un télétravailleur, les critères décisifs sont la connexion internet, la liaison aérienne vers votre pays et la vie sur place. Plutôt qu'un classement figé, nous vous renvoyons vers nos guides par ville : vivre à Valence, vivre à Malaga, vivre à Alicante, vivre à Madrid et vivre à Barcelone. Le budget se chiffre dans notre guide du coût de la vie en Espagne.

Louer quelques mois avant d'acheter permet de valider la ville et le quartier avant d'engager un capital. Pour la location longue durée, notre service frère SpainEasy Rent existe ; l'achat, lui, est notre métier. Le visa ne dépend pas de l'achat d'un bien.

Les erreurs à éviter

  • Déposer un dossier alors que vous n'en avez pas besoin. Français, Belge ou Suisse : aucun visa, mais les démarches de séjour des citoyens européens.
  • Viser pile le seuil. Un revenu à 2 450 € peut passer pour une lecture et échouer pour l'autre.
  • Dépasser 20 % de clients espagnols quand on est indépendant, ou en avoir un seul quand on est salarié.
  • Négliger la Sécurité sociale. C'est l'angle sur lequel les dossiers bloquent le plus.
  • Rater le délai de six mois du modèle 149. L'option fiscale ne se rattrape pas.
  • Compter sur le régime Beckham quand on est freelance. Il vise les salariés.
  • Envoyer des documents étrangers non traduits ni légalisés. C'est une cause classique de demande de pièces.

Comment nous le savons : chez Olé Immobilier, ces informations s'appuient sur notre expérience de terrain au quotidien, les dossiers réels que nous menons pour nos clients, et l'expertise de notre équipe, qui réunit des chasseurs immobiliers expérimentés ainsi que des spécialistes du droit et de l'administration espagnole. Pour des exemples concrets, voir nos négociations récentes.

Se faire accompagner

Chez Olé Immobilier, nous sommes chasseurs immobiliers, côté acheteur uniquement. Nous n'instruisons pas les dossiers de visa et nous ne sommes ni un cabinet d'immigration ni un conseiller fiscal : pour le dépôt de la demande, l'option Beckham ou la Sécurité sociale, adressez-vous à un avocat en droit des étrangers, un gestor ou un conseiller fiscal. Ce que nous faisons, c'est vous aider à trouver le bon logement quand le moment d'acheter arrive, avec les vérifications juridiques d'usage. Pour une vue d'ensemble de l'installation, voir notre guide pour s'expatrier en Espagne.

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FAQ : visa nomade digital en Espagne

Un Français ou un Belge a-t-il besoin du visa nomade digital pour télétravailler en Espagne ?

Non. Les citoyens de l'UE, de l'EEE et de Suisse circulent librement. Au-delà de trois mois, ils doivent disposer de ressources suffisantes et d'une assurance maladie, puis s'inscrire au registre des étrangers (décret royal 240/2007). Le visa nomade digital ne concerne que les ressortissants de pays tiers.

Quel revenu faut-il pour le visa nomade digital en 2026 ?

Il faut justifier de 200 % du SMI par mois, soit environ 2 849 € en 2026 sur la base du SMI annuel de 17 094 € divisé par 12. Il faut ajouter 75 % du SMI pour la première personne qui vous accompagne et 25 % par personne supplémentaire.

Peut-on travailler pour des clients espagnols avec ce visa ?

Un salarié ne peut travailler que pour des entreprises situées hors d'Espagne. Un professionnel indépendant peut avoir des clients espagnols, à condition que ce travail ne dépasse pas 20 % de l'ensemble de son activité professionnelle (loi 14/2013, article 74 bis). Au-delà, un autre statut est nécessaire.

Quelle est la durée du visa nomade digital et comment le renouveler ?

Le visa dure un an au maximum. Dans les 60 jours naturels avant son expiration, vous pouvez demander l'autorisation de résidence de télétravail, valable jusqu'à trois ans puis renouvelable par périodes de deux ans, tant que les conditions initiales sont maintenues.

Peut-on demander le visa nomade digital depuis l'Espagne ?

Oui, si vous êtes en Espagne en situation régulière, par exemple en séjour touristique. Vous déposez en ligne une demande d'autorisation de résidence auprès de l'UGE-CE, qui doit répondre dans les 20 jours, faute de quoi le silence vaut accord. L'autorisation court jusqu'à trois ans, contre un an pour le visa.

Le régime Beckham s'applique-t-il aux nomades digitaux ?

Oui pour les salariés en télétravail qui n'ont pas été résidents espagnols durant les cinq années précédentes : leurs revenus du travail sont taxés à 24 % jusqu'à 600 000 € pendant six ans. L'option se fait par le modèle 149, dans les six mois du début de l'activité. Pas pour les freelances.

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